du bien et du mal

Je réalise que de poser une question en terme de morale, de bien et de mal (comme le souligne cet article sur lequel, incidemment, je suis tombé : http://www.cnn.com/2014/08/22/opinion/dawes-isis-evil/) entrave la réflexion. Aucune personne n’aime se faire dire qu’elle fait LE mal, car faire LE mal ne se justifie pas.

Cela dit, ou bien l’adjectif « moral » a un sens ou bien il n’en a pas. Un seul ? Non, bien sûr une constellation — sinon ça serait bien trop rasant. Il s’agit d’une catégorie.

Mais si, pour reprendre l’argument du véganisme, le mot est adaptable au point de banaliser la trucidation tranquille et ~non necessaire~ d’êtres sensibles qui ne nous ont fait aucun mal, là je ne suis plus.

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Pourquoi ne pas oublier LE bien et LE mal, quelque chose d’étroit et de mortel comme un rayon laser qui détruit tout ce qui n’est pas SA vérité absolue ? Tout d’abord, LE bien et LE mal, ça n’existe pas.

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Si j’enlève mes lunettes qui me font voir les choses à travers les mots (parfois mal définis, ou définis diversement par diverses personnes), l’image globale m’apparaît plus clairement. Il y a des choses qui font DU bien, il y en a plein ; et il y a des choses qui font DU mal (physique, psychologique, name it), il y en a plein aussi. Il y a aussi des choses neutres. Mais ce qui fait du bien est potentiellement si bon que nous le préférons généralement aux choses neutres.

Oh, allez-vous dire, comment savoir si une chose qui nous fait supposément DU bien nous fait réellement le-meilleur-bien ? Eh bien, justement, nous ne le savons pas. Nous cherchons. Et nous trouvons différentes réponses. Ou pas. Certains prétendent avoir trouvé mieux que d’autres. (Je n’ai rien contre la compétition entre les idées. Très sains, les débats d’idées, selon moi.)

Mais ne pourrions-nous pas toutefois tracer une limite à ce que le mot « moral » peut signifier ?

Proposition (en chantier) de nouvelle définition :

moral,e : adjectif ; relatif à la recherche non pas de ce qui ~est~ bien (trop rasant), mais de ce qui ~fait~ du bien (et cela, bien sûr, sans faire de mal aux truies — euh, à autrui).

Entre vous et moi, on le sait foutrement, ce qui fait du bien, hi, hou, ha, encore, et ce qui fait du mal, ayoye, bobo, ouch ! — ; non ?

Et nous n’avons pas de ce savoir la prérogative, c’est bien évident. (Comparez seulement le ron-ron du chat content à sa réaction quand vous lui marchez sur la queue.)

Alors moi je propose ça comme limite et définition.

*

Se faire du bien, ce n’est pas un problème, tous les individus de pas mal toutes les espèces — sauf, curieusement, beaucoup d’humains — cherchent à se faire du bien à eux-mêmes. Ne pas faire de mal aux autres est plus problématique et cela aussi chez pas mal toutes les espèces. Mais, curieusement, ce sont des humains qui ont inventé ça. Ils inventent plein de choses, les humains. C’est sans doute leur plus grande caractéristique ; même ceux qui passent leur vie dans un hamac les mains derrière la tête inventent plein de trucs.

Et des fois, ils tombent sur des idées qui leur semblent bonnes. Alors, ils alertent les autres, tentent de les leur enseigner…

*

Je suis convaincu que la philosophie du calin est une chose que bien des espèces comprennent ou peuvent comprendre.

Il ne s’agit pas d’aller faire la morale à d’autres espèces ! L’exemple et l’expérience suffisent. Avez-vous fait un calin à un veau, récemment ? Certains font des calins à des lions, à des requins, même.

Le langage du calin vaut mieux que n’importe quelle définition, mais, voyez-vous, je suis écrivain, et il est de ce fait un peu de ma responsabilité que les mots aient un sens. Alors, lorsque j’ai entendu « Je ne vois aucun problème moral à consommer des animaux. », je me suis résolu à intervenir intellectuellement, sur le plan des mots. Mais je suis certain qu’un bon calin avec un daim ou jouer innocemment quinze minutes avec une douzaine de poussins ou de petits lapins battrait mon argumentation n’importe quand. Pour une âme sensible, en tout cas !

La banalisation nous a endurcis, peut-être… Et l’usage de certains mots y a peut-être contribué, été complice…

Alors, oui, dans ces cas-là, il faut les rénover un peu. Certains mots.

Notre capacité illimitée d’invention a besoin de garde-fous, de guides. Il n’est que normal que certains mots désignent ces garde-fous et ces guides.

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