un système économique de bon aloi — proposition pour une économie distributive

introduction

Le système économique qui règne actuellement sur la presque totalité de notre belle planète est presque infiniment pervers. Heureusement, cela se sait de plus en plus (voir, entre autres, L’argent dette de Paul Grignon). Mais quelles alternatives y a-t-il à notre disposition ? En fait, de nombreuses avenues s’ouvrent à nous (voir, par exemple, le site RézoPar). Aucune d’entre elles cependant n’est sans poser de problèmes ou de difficultés d’application.

Par exemple, si l’on examine l’alternative la plus répandue, les SELs (systèmes d’échange locaux) ou leurs proches cousins, les JEUx (jardins d’échange universels), on constate que le troc n’exclut pas l’accumulation et, partant, les abus possibles, comme le démontre très bien l’album de Greg, Achille Talon et l’archipel de Sanzunron (si l’on exclut l’ironie finale où la banque est présentée en véritable messie !).

Ainsi, même à l’intérieur de tels systèmes, un artiste attirant les foules pourra, en échange d’une heure de performance, non seulement jouir de son talent et de l’influence que ce dernier lui confère, mais de surcroît obtenir une rétribution multipliée par le nombre de spectateurs attirés. Autre exemple : les propriétaires d’un lac peuvent faire payer les gens qui viennent s’y baigner et ainsi s’enrichir tellement qu’ils deviendront éventuellement en moyens de s’acheter un deuxième lac, puis deux autres, puis quatre, et cætera, et cætera.

Comme Greg, je vois là en germe toutes les disproportions et schèmes de domination que nous connaissons actuellement dans le monde. Il existe en effet une certaine tendance humaine, appelons ça l’avidité ou l’insécurité, à vouloir prendre de l’expansion, à vouloir posséder toujours plus.

Voulons-nous, une fois pour toutes, d’un système qui non seulement permet une expansion personnelle illimitée sur le plan des possessions matérielles (en outre de la terre elle-même) — et donc permet la domination absolue des plus cupides —, mais aussi fait passer cela pour parfaitement légitime ?

Je propose dans le présent article un système inspiré de l’économie distributive. L’économie distributive est un système économique qui a été proposé en France dans les années trente par Jacques Duboin et vulgarisé depuis par sa fille, Marie-Louise Duboin, notamment dans Les affranchis de l’an 2000 et Mais où va l’argent ? Ces livres exposent en détail, respectivement, le fonctionnement de l’économie distributive et les intrications méphistophéliques de l’économie actuelle, ainsi qu’une série de mesures aptes à y remédier. Mme Duboin est également rédactrice en cheffe du journal La grande relève, journal dédié à la diffusion d’informations sur l’économie distributive et qui a vaillamment traversé les décennies, des années trente à aujourd’hui.

L’économie distributive est une économie qui non seulement assure une distribution équitable des ressources, mais aussi limite l’argent à sa fonction d’unité de mesure. Et cette fonction de mesure a bel et bien son utilité, ne serait-ce que moralement, puisqu’elle peut servir entre autres à s’assurer qu’on donne au moins autant qu’on reçoit.

Aujourd’hui, avec l’économie capitaliste, l’argent est plutôt considéré comme un bien qui lui aussi se loue et n’est donc plus la mesure que de l’injustice, pour ne pas dire qu’il est carrément un instrument de la démesure.

Dans l’économie actuelle, les banques prêtent à un certain nombre d’emprunteurs, qui devront par la suite leur remettre cet argent PLUS les intérêts. Donc, comme il leur faudra, au total, remettre à la banque plus qu’elle n’a mis en circulation, tous ne pourront pas rembourser. C’est mathématique. Alors, il y aura des gens qui se tueront à la tâche de payer leurs dettes, il y aura des faillites, de beaux rêves qui tomberont à l’eau sans raison valable, des gens qui seront réduits à demander l’aumône — des perdants, quoi, exploités ou stigmatisés —, et des gagnants, qui leur feront (ou pas) « la charité ». Pourquoi diable nous livrer à un jeu aussi cruel ?! La priorité n’est-elle pas de toute évidence de s’assurer que tous aient à se vêtir, à se loger, à manger et cela solidairement et sans indignité ?

C’est un système taillé à cette fin que je présente ici. Le voici donc.

« La nécessité est la mère de toutes les inventions. » ~ Platon

Comment fonctionne donc l’économie distributive ? En premier lieu, pour une collectivité donnée, on recense quels sont, pour la période à venir (par exemple : le prochain mois ou la prochaine semaine), les besoins et les souhaits collectifs et individuels, y compris les services que les membres de la collectivité souhaitent offrir durant cette même période. On invite les gens à choisir des activités qui correspondent à leurs goûts, talents et inclinations, ce qui est à la base de la logique distributive ; en effet, si chacun aime à accomplir le travail qui est sa contribution concrète à la société, il n’est que normal que chacun reçoive à la base une part égale d’unités à dépenser. Dans ce texte, je supposerai que ces unités sont des « heures ».

On relève ensuite les besoins non comblés par l’offre prévue et on les affiche publiquement, afin que les gens puissent ajuster leurs offres en vue de mieux combler ces besoins. Une option proposée par Marie-Louise Duboin dans Les affranchis est d’offrir un incitatif monétaire à qui accepte de fournir un service nécessaire mais non comblé spontanément.

À noter qu’il y a ici des indices de la santé de la collectivité : si tous les besoins sont comblés du premier coup, sans ajustements, on obtient alors la note parfaite ; si par contre des incitatifs sont nécessaires, on sera d’autant en-dessous de la perfection, mais tout de même dans les limites de la santé collective. Si enfin des besoins restent non comblés, c’est qu’on a alors affaire à autant de problèmes de société.

Après la période d’ajustement, la période comptabilisée commence. On fait la somme des heures de service annoncées, on en retranche ensuite la part destinée aux besoins collectifs (routes, écoles publiques, etc.), puis on distribue équitablement la somme restante dans des comptes individuels. « Équitablement », ici, signifie qu’on donnera aux gens ayant des besoins spéciaux (médicaments, prothèses, etc.) un supplément leur permettant de combler ces besoins sans que leur pouvoir d’achat en soit amoindri.

une solution comme une autre à l’accumulation : la soustraction

En économie distributive, lorsqu’un bien ou un service est acheté, les unités ayant servi à cet achat sont soustraites du compte de l’acheteur, mais ne s’accumulent dans aucun autre compte : on enregistre seulement à quoi ces unités ont servi, qui a fourni le service, la date, ainsi que toute autre information pouvant s’avérer utile. Ainsi, à la fin de la période, on est à même de mesurer le détail de l’activité économique de la collectivité.

Aussi, des conseils de producteurs et de consommateurs ont la possibilité d’informer le système des besoins collectifs et individuels non comblés, de même que de ce qui a été produit en trop ou en trop petite quantité. On peut ainsi se rajuster pour la période suivante. L’économie distributive, par ces ajustements du montant de départ, met en évidence que nous sommes tous ensemble, « dans le même bateau ».

En plus du compte dit « de consommation » où l’accumulation est impossible (puisque même ce qui reste à la fin d’une période est remis à zéro au début de la suivante) — et c’est là ma contribution à l’économie distributive qui ne propose rien de tel dans sa formule originale —, chaque personne dispose aussi d’un compte dit « de rétribution » où les crédits peuvent s’accumuler (selon des taux à définir collectivement), mais uniquement à proportion du temps de service fourni et de l’effort requis pour ce faire (ou de l’indice de « rébarbativité » des services). Ce compte peut servir à acheter des choses coûtant plus que le montant reçu au début d’une période.

Les diplômes ne justifient donc en rien un plus gros salaire. De toute façon, le temps de repos que rend nécessaire la prestation de services pénibles, le temps d’entraînement ou de pratique que nécessitent certaines performances, de même que le temps d’étude et d’apprentissage que demandent certains métiers est compté comme temps fourni. L’enseignement, dans cette économie, est un bien public offert gratuitement. Certaines études particulièrement nécessaires y sont même parfois rétribuées. Le temps passé à « tenir maison » pour autre que soi est également compté.

engagez-vous, qu’y disaient !

Pour qu’un système d’économie distributive fonctionne, il n’est pas absolument nécessaire de demander aux gens aptes à contribuer de s’engager à l’avance à fournir un nombre défini d’heures de service, on peut simplement leur demander d’annoncer qu’ils offrent au moins un type de service (comme c’est d’ailleurs généralement de mise dans les SELs). Pour commencer, on distribue un montant plus ou moins arbitraire aux membres au début de la première période, puis, pour les périodes subséquentes, on révise à la baisse ou à la hausse ce montant de départ en se basant sur la vitalité économique qu’a atteint la collectivité lors de la période précédente.

Cela dit, il existe des domaines vitaux pour lesquels l’engagement peut s’avérer souhaitable ou même nécessaire, par exemple les soins de santé ou la production agricole. Nous pouvons néanmoins débuter avec un système qui ne demande pas d’engagement et examiner cette question plus tard.

Les personnes qui fourniraient, par période, moins d’heures de service que le nombre d’heures distribuées au début de la période ne seraient pas pénalisées. Seulement, le montant de départ pour l’ensemble des membres en serait légèrement amoindri au début de la période suivante.

On pourrait ainsi choisir son train de vie, en travaillant plus ou en travaillant moins, sans que le système ne nous impose de limites inutiles.

l’avenir commence maintenant

Un tel système ne peut fonctionner tel que décrit que si des biens et des services sont offerts dans tous les secteurs d’activité et en assez grande quantité. Les SELs eux aussi restent marginaux tant que tous les secteurs d’activité n’acceptent pas les paiements en heures comptabilisées. En revanche, un système d’économie distributive nous permet d’emblée de tenir compte des projets collectifs et de les planifier ensemble, ce qui nous rapproche de l’objectif de pouvoir bénéficier de tous les secteurs d’activité au sein de nos collectivités. Cela fournit en outre un cadre pour inclure des industries qui décident de passer à ce système — soit volontairement, soit en désespoir de cause, advenant un effondrement de l’économie capitaliste.

Avec un système d’économie distributive, on peut facilement connaître la demande et l’offre à l’avance, via les recensements d’informations précédant les périodes comptabilisées, et ainsi se trouver à même de planifier ensemble nos projets collectifs, ce qui n’est pas le cas avec les SELs. Voici quelques exemples de projets collectifs dont nous pourrions nous doter à court et à moyen termes : distribution gratuite de nourriture, production de bois de construction, écoles et ateliers de toutes sortes, soins de santé, transports, récupération et transformation de meubles, construction de bâtiments collectifs ou d’habitation, etc.

mais… est-ce qu’il ne s’agit pas là d’un système communiste ???

Le système que je propose est-il un système communiste ? Consultons, pour élucider cette question, un extrait de la brève définition du communisme proposée par l’équipe Perspective monde de l’Université de Sherbrooke :

Communisme : terme qui désigne une idéologie de gauche préconisant l’avènement d’une société fondée sur la communauté des biens. On retrouve des formes de communisme chez les Anciens (Platon), chez les penseurs utopistes (More) ou chez les anarchistes (Babeuf, Proudhon, Bakounine), mais c’est surtout avec la diffusion de la pensée de Marx que le communisme est devenu une référence politique (Manifeste du Parti communiste, 1848). Chez ce dernier, le communisme est une phase avancée du développement de l’Histoire. Après le capitalisme devrait survenir le socialisme, puis le communisme.

Dans le socialisme, l’État constitue le maître d’œuvre de l’activité économique et sociale dans la mesure où il est le propriétaire des moyens de production. Dans le communisme, l’État n’existerait cependant plus ; la communauté aurait établi des mécanismes de régulation et d’autodiscipline sans qu’on ait recours à une entité étatique. Selon la doctrine marxiste, le « dépérissement de l’État » constitue le processus même du passage du socialisme au communisme. Au stade du communisme, le principe de distribution des richesses devrait alors être « à chacun selon ses besoins ». Les opposants au communisme qualifient généralement ce projet politique d’irréaliste ou d’utopique. Libéralisme et communisme sont des idéologies diamétralement opposées.

Le terme communisme désigne également le courant politique des partis communistes, autrefois intégrés à la IIIe Internationale créée par Lénine au lendemain de la révolution bolchévique de 1917. Les partis communistes doivent être distingués des partis socialistes.

Le terme communisme renvoie donc à la fois à une idéologie, à un régime politique et à un ensemble de formations politiques. Cet usage multiple du terme est cependant source de plusieurs confusions. Par exemple, aucun des partis communistes n’a prétendu avoir atteint le stade du régime communiste. Ainsi l’URSS, bien que dirigée par un parti communiste, estimait n’avoir atteint que le stade du socialisme ; l’objectif ultime était néanmoins le communisme.

Et si les outils de communication dont nous bénéficions aujourd’hui nous permettaient plus facilement que jamais de réaliser cette eutopie (sic) où « la communauté aurait établi des mécanismes de régulation et d’autodiscipline sans qu’on ait recours à une entité étatique » ??

Il est vrai que le fonctionnement de l’économie distributive ressemble à la définition du communisme véritable — lequel, redisons-le, n’a encore jamais réellement existé, sauf peut-être à très petite échelle. Cependant, l’assimiler aux politiques de Lénine ou de Staline serait évidemment loufoque. Ces prétendus « communistes » ont voulu imposer leur vision de l’ordre et de la justice en prenant le pouvoir et en chargeant l’État d’appliquer cette « vision », avec les conséquences inhumaines que nous connaissons. Je ne crois pas que nous souhaitons encore aujourd’hui souscrire à une telle approche. Je ne propose pas de démanteler les structures existantes, je ne veux rien imposer non plus. Je souhaite seulement proposer de nouvelles façons de faire qui s’ajouteraient à celles qui existent déjà… et les remplaceraient progressivement.

Maintenant, souhaitons-nous qu’un individu ou qu’un groupe d’individus qui possèdent des moyens de production à grande échelle puissent s’enrichir indéfiniment grâce à eux ? Ou bien souhaitons-nous que chacun reçoive plutôt « selon ses besoins » ? Que les besoins primaires soient comblés est certes un objectif intéressant à viser collectivement, mais nous voulons aussi subvenir à davantage que ces besoins primaires. Voulons-nous alors imposer le même train de vie à tout le monde ? Je ne crois pas que cela soit très réaliste. Certains veulent manger au resto tous les jours, d’autres se contentent de moins.

Le système que je propose n’impose pas de plafond strict au train de vie des gens et peut fonctionner sans qu’il soit obligatoire de s’engager à l’avance à fournir des heures de service. Un tel système restreint cependant la capacité de s’enrichir indéfiniment et d’acquérir de plus en plus de pouvoir sur la seule base de nos possessions, qu’il s’agisse de fortunes « héréditaires » ou gagnées à l’aune de notre popularité, ou encore par l’entremise de moyens de production.

la mise en place d’un tel système, ce n’est pas pour demain, n’est-ce pas ?

Ce système est bien entendu plus complexe qu’un système d’échange local classique, mais, tout complexe qu’il soit, il le serait bien moins que celui qui prévaut aujourd’hui, en 2010. De plus, une fois mis en place, il serait relativement simple à utiliser et nous permettrait d’y voir plus clair dans les ramifications de nos dynamiques d’échange — et aussi d’y intervenir individuellement (et d’autant mieux que nous y voyons plus clair) avec de réels effets sur la planification et l’organisation des projets collectifs.

Il y a certes beaucoup de travail à accomplir en ce sens, en particulier au niveau des mentalités, mais l’implantation d’une version simple d’un système tel que celui que je propose serait presque un jeu d’enfant si, d’autre part, le web sémantique prenait son essor et se répandait sur la surface de la planète. J’expose dans un autre article mes idées concernant ce que pourrait être un développement populaire du web sémantique.

En outre, plusieurs aspects restent à élaborer dans l’optique d’un tel système, notamment : la durée d’une période, l’allocation de nos ressources au « bien commun » (si tant est qu’une telle chose existe !), l’organisation et le fonctionnement des conseils de consommateurs et de producteurs, comment au juste évaluer le montant de départ pour les projets collectifs, la place de l’argent traditionnel dans le système, les relations du système distributif avec l’« État » et le fisc ; le problème du logement… J’en oublie sûrement.

en guise de conclusion

Pourquoi conclure ?  Essayons-le !  Nous verrons bien ce que ça donne…

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ideas for developing a semantic web for the people and by the people

Version française

The principles of emergence and collective intelligence have amply proven—and even with distinction—their capacity to bear interesting fruit on the Web (Wikipedia, del.icio.us, Digg, Flickr and many others). Now, this may have already been suggested elsewhere—the idea being something you can almost feel in the air—, but this approach seems to me to be perfectly suited to the semantic Web.

Although the idea of a semantic web has been kicking around for some time, we have not yet managed to apply it in our everyday practices. Tim Berners-Lee coined the term in 2001, but the idea had already been in the public sphere for a long time, for example in The Hitchhiker’s Guide to the Galaxy, by Douglas Adams. I personally believe that the semantic web must be emergent and must be a collective enterprise in order for it to be able to make its way into our communication practices. Otherwise we would only be dealing with “services talking amongst themselves”.

It is becoming apparent that microsyntax does quite well on Twitter and other social media. Microsyntax is undeniably semantics. Many users are ripe. What am I saying? Even without referring to the use of little useful symbols such as slashtags and hashags on social media, all beings who communicate in good faith are using semantics—or trying to.

Now, it seems to me that the semantic Web could very well emerge from our very communication practices. Remember the fairy tale in which a genie comes out of a ring when you repeat his name three times? Here we’d be seeing a similar phenemonon…

Imagine that you wished to…let’s say…find a wrought-iron table for your garden, meet your soul mate, let potentially interested people know that you will be driving from Montreal to Quebec on Thursday and that you still have room for two people…

your personal communication dashboard

To begin with, in this age of intelligent telecommunications, I think it is a good idea to equip oneself with a sort of personal dashboard. It could be both the starting point and the ending point of everything. On that dashboard you could make, following the current example, separate entries for each of your wishes, each entry being formulated in at least two different ways (for example in different languages), and in more than two different ways if possible, in order to help the emergence phenomenon along. (Do you understand yet? No? Keep reading…)

To further help the system, we could reduce the number of possible formulations to a practical sub-set by assuming that each entry begins with “I wish to” (or its equivalent), and then continues with a verb, possibly a pronominal one.

The following is an example of what I mean:

  • acquire a garden table made of wrough-iron // have a wrought-iron table for my garden // obtenir une table en fer forgé pour mon jardin // get a wrought-iron table; it’s for my garden

Notes: “I wish to acquire” and “I wish to have” are not, strictly speaking, equivalent—but, communicationally speaking, they both point to a request.  The double slash obviously operates as a delimiter. In order to keep things simple, periods at the ends of sentences are dropped in favour of semicolons, which divide the wish formulations into several sentences. The process of emergence is also enhanced when the pieces of each given formulation are in one-to-one correspondence with the pieces of each of the other equivalent formulations. The pieces of a given formulation may be composed of non-contiguous parts of that formulation.

One of the dashboard’s practical uses is that it can display all your wishes at a glance, so you can make sure they’re up to date. Thus, by adding and removing wishes, you can make your way with assurance… communicationally speaking, of course.

A widespread use of this simple format would permit, thanks to algorithms I like to call emergeware, the emergence of a semantic repertory made up of more and more of our formulations—and meanings thereof.

A good approach to universality might be a good approach to the universe.  There it is, hidden beneath the rivulets of our voices and our signals. It scintillates and glitters—can you see it?

an emergent repertory of semantics

Our algorithms, our emergeware, would sometimes have to be very ingenious to accurately guess which parts of the given formulations correspond to one another, but a whole bunch of such correspondences could be guessed at by algorithms that are not all that complex. We can gradually go from simple formulations to subtler ones. It would be a work in progress, constantly improving and changing. Nothing gained would ever be lost.

So, in so far as the formulations given as equivalent really are equivalent (and that can be verified by asking users to validate or invalidate whether this or that formulation really equates with what they meant), relatively simple algorithms could identify co-occurrences and infer from them what, in a given formulation, corresponds to what, in another one, somewhat as is done in the game Master Mind.

Those elements of formulation identified as communicationally equivalent would arrange themselves into chains, the various nodes of which would eventually also be confirmed as equivalent. Those chains would thus crystallize into tight, highly interlinked little networks, each of them being like a constellation that is clearly distinct from all the other constellations. Each constellation would correspond to a concept, such as “sharing” or “sheep”. A vast catalogue of communicational elements could, in this way, emerge from our communications.

Each concept would have a separate entry in this catalogue, as in a dictionary or in an encyclopedia. For example, there would be the concept of tree, of fruit tree, of apple tree, of travel, of sheep, etc.  The catalogue would eventually resemble a multilingual encyclopedia (eventually a multimedia one) that wouldn’t even need definitions (though definitions are also ways of expressing concepts…). Then, in the course of time, for each concept there would be images, video clips, audio recordings, and of course the many ways of saying things, writing things, as well as all the ways of expressing oneself that people use.

Such a catalogue would make possible the automatic translation of a great many messages in a great many languages. Such an undertaking might also elicit new forms of writing, even new forms of language, indeed, new modes of communication altogether!

a collective affair

Oh, and one last detail is missing from this system. The use of free-tagging, or folksonomy, has made it clear that categorizing is a collective affair.  The categorization of our elements of communication will depend on a pretty similar kind of volunteering. “Apple tree” will thus be said to belong to the category “fruit tree”; they will both be said to belong to the category “tree”, and so on. “Free generalizations”, as in the above example of  “to acquire” and “to have”, would then be timely.

Just as an element of communication can categorize another, a category of elements of communication can be an adequate answer to another category of elements of communication. For example, the category of “supply” (offers, availability, talents, etc.) can be connected to that of “demands” (needs, wishes, conditions). This type of information, provided by volunteer semanticians, or free-ontologizers, would be the basis for the automatization of innumerable relevant communications.

The categories most suited to these kinds of dialogue would be those such as demands, offers, know-how, talents, interests, contact hours, locations, itineraries, geographical ranges, favourite meeting places, along with many other types of information.

openness, decentralization, universality

As long as the information involved is open (as in “open source”), the creation of such an emergent semantic Web need not deal with the thorny issue of privacy. There is already so much that can be said in the open (not to mention what ought to be said in the open). Later on, privacy options could be arrived at by consensus, and therefore also by emergence. However, if privacy options have been well thought out and implemented from the start, why not go ahead with them? The Diaspora Project, currently being developed and due to be released in September, 2010, seems promising to me. One way or another, a universal communication system will bring about an appreciable change in the state of openness of this world.

Information would thus be decentralized and present everywhere—disseminated on our dashboards—, whilst the semantic catalogue would emerge from the harvesting of this information and from our free ontologization of that harvest.

The search engines could also be de-centralized. Each dashboard could exchange information with neighbouring dashboards within a certain range. These search engines would fetch information from an emergent catalogue of semantics like the one described here (as well as from other dictionaries and ontologies) in order to determine which elements are an adequate answer to which other ones. The results, that is, other users’ relevant entries, would also appear on your dashboard, of course.

This emergent communicational catalogue—of semantics, of elements…? I’m not sure what to call it, but we sure will have to find a name for it, because this catalogue may one day be the most universal thing there is, second only to the universe itself.

building our world more fluidly

Such a tool, built by the people and for the people—brick by brick, so to speak—, a tool we would understand and that would understand us, a tool that truly gives priority to our well-being and to the realization of our dreams, such a tool could make a huge difference in our world. Its mere existence would give rise to greater opportunities for living and creating—in radically emergent and fluid ways.

Our social structures could then be in our very image, a better, more logical, more pluralistic reflexion of us. They could sure be less cumbersome! They could come into being by free association through the convergence of our wishes… and disappear when no longer wished for.

Am I advocating an all out individualism? No, for although I value individuals over cultures, I believe that solidarity should be encouraged as much as possible. (As a matter of fact, we will have to consider ways of helping people with communication disabilities to formulate their wishes.) Our desire to give to the community is all the greater when we feel we have a part to play in it, when we are free to navigate within it, and also to the extent that we are able to have a real influence on it. And because true solidarity is always a voluntary affair, we need to begin by building our world according to everyone’s wishes, and not just some pre-established order. I shall continue to develop my thoughts on this matter in a follow-up article, dealing this time with a model for a wholesome economic system.

Our problems would not all magically go away with a people’s semantic Web. However, the magic of communication would at last be at the people’s command and could—or so I wish—bring about such clearness and fluidity that it would become the instrument of choice for participating in the making of our world.

idées pour un développement populaire du web sémantique

English version

Les principes d’émergence et d’intelligence collective ont démontré à plusieurs reprises — et parfois avec brio — leur capacité de porter des fruits intéressants sur la toile (Wikipédia, del.icio.us, Digg, Flickr et bien d’autres).  Maintenant, cela a peut-être bien déjà été proposé ailleurs — l’idée étant presque palpable dans l’air —, mais… il me semble que ce genre d’approche est tout à fait applicable au domaine du web sémantique.

Le web sémantique, annoncé depuis longtemps déjà, tarde à faire son apparition dans nos pratiques.  Tim Berners-Lee a lancé le terme en 2001 mais l’idée était là bien avant — dans le Guide du routard galactique de Douglas Adams, par exemple.  Je crois pour ma part que le web sémantique doit être émergent, doit être une construction collective afin qu’il ait les qualités requises pour entrer dans nos pratiques de communication.  Autrement, il ne serait encore que « des services qui se parlent entre eux ».

On constate que les microsyntaxes sur Twitter et compagnie ont un certain succès, voire un succès certain.  Elles sont de la sémantique à coup sûr.  Des utilisateurs sont prêts.  Que dis-je ?  Sans même considérer l’utilisation de petits symboles pratiques pour communiquer via certains médias sociaux (les hashags, slashtags, etc.), tous les êtres communicants de bonne volonté font de la sémantique — ou essaient.

Or, il m’apparaît que le web sémantique pourrait très bien émerger de nos pratiques de communication elles-mêmes.  Vous vous rappelez ce conte où il faut répéter trois fois le nom du génie pour qu’il sorte de la bague ?  Ça serait un peu la même chose…

Imaginez que vous aimeriez, je ne sais pas… une table en fer forgé pour votre jardin, rencontrer l’âme sœur, informer qui cela pourrait bien intéresser que vous allez jeudi de Montréal à Québec en voiture et qu’il vous reste de la place pour deux personnes…

un tableau de bord pour nos communications

Tout d’abord, je crois pertinent, à l’ère de la télécommunication intelligente, de se doter d’une sorte de tableau de bord personnel.  Tout pourrait partir de là — et y revenir.  Sur ce tableau de bord, vous pourriez faire, suivant le présent exemple, une entrée distincte pour chacune des choses souhaitées, entrée où le souhait en question serait formulé d’au moins deux façons différentes (par exemple, dans une autre langue) — davantage de façons si possible, histoire de donner un petit coup de pouce supplémentaire au phénomène d’émergence.  (Voyez-vous déjà pourquoi ?  Non ?  Continuez de lire…)

Pour l’aider encore plus en réduisant la quantité de formulations possibles à un sous-ensemble pratique, on pourrait faire comme si chaque formulation était précédée par « Je souhaite » (ou l’équivalent) et on continuerait, pour chaque formulation, par un verbe à l’infinitif, possiblement pronominal.

Cela donnerait, par exemple :

  • acquérir une table de jardin en fer forgé // avoir une table en fer forgé pour mon jardin // me greiller d’une table en fer forgé ; c’est pour mon jardin // get a wrought-iron table for my garden

Notes : « souhaiter acquérir » et « souhaiter avoir » ne sont pas strictement équivalents, mais, communicationnellement parlant, ils signifient tous deux une demande.  La double barre oblique sert évidemment de séparateur.  Pour simplifier, on laisse tomber les points de fin de phrase (« . ») et on utilise plutôt le « ; » pour séparer, si désiré, les formulations en plusieurs phrases.  Aussi, cela aiderait le processus d’émergence que chacune des formulations corresponde morceau à morceau avec les autres formulations données comme équivalentes.  Les morceaux d’une formulation donnée peuvent être constitués de parties non-contigües à l’intérieur de cette même formulation.

Le tableau de bord est utile entre autres parce qu’il vous permet de voir d’un seul coup d’œil l’ensemble de vos souhaits et de vous assurer régulièrement qu’ils sont encore d’actualité.  Ainsi, en ajoutant ou retirant des souhaits, il serait possible de naviguer avec assurance… communicationnellement parlant, bien entendu.

À partir d’un usage répandu de ce format simple il serait possible de faire émerger, grâce à des algorithmes que je me plais à nommer émergiciels, un répertoire sémantique qui comprendrait de plus en plus de nos formulations.

Pour bien aborder l’univers, utilisons bien l’universel.  Il est là, sous la surface des ruisseaux de nos voix et signaux, le voyez-vous qui scintille et miroite ?

un répertoire sémantique émergent

Les algorithmes, les émergiciels en question devraient se faire éventuellement très astucieux pour deviner correctement la correspondance entre certaines parties de texte, mais tout un tas de telles correspondances pourraient être devinées par des algorithmes pas si compliqués.  Et du plus simple on peut aller progressivement jusqu’au plus subtil.  Ça serait une œuvre en construction permanente qui grandirait et se transformerait.  L’acquis n’y serait jamais perdu.

Donc, dans la mesure où les formulations données comme équivalentes le seraient vraiment (et on peut le vérifier en demandant aux usagers de confirmer ou d’infirmer que telle ou telle formulation est bien équivalente à ce qu’ils veulent dire), des algorithmes relativement simples pourraient repérer les cooccurrences et inférer à partir de là, un peu comme dans le jeu Master Mind, ce qui, dans une formulation donnée, correspond à quoi dans une autre formulation.

Ces éléments de formulation repérés comme communicationnellement équivalents formeraient entre eux des chaînes, dont les maillons seraient eux aussi éventuellement confirmés comme équivalents ; ces chaînes se cristalliseraient donc en petits réseaux fortement interreliés, chacun comme une petite constellation très distincte des autres constellations.  Chaque constellation correspondrait à un élément de communication, un concept, comme « partager » ou « mouton ».  De nos communications, pourrait ainsi émerger un grand répertoire d’éléments communicationnels.

Dans ce répertoire, comme dans un dictionnaire ou une encyclopédie, il y aurait une entrée distincte pour chaque concept.  Il y aurait le concept d’arbre, le concept d’arbre à fruits, le concept de pommier, de voyage, de mouton, etc.  Ce serait comme une encyclopédie multilingue (éventuellement multimédia) qui pourrait aller jusqu’à se passer de définitions (quoique les définitions aussi sont des façons de dire…).  Éventuellement, pour chaque concept, il y aurait des images, de petits vidéos, des enregistrements audio, bien sûr les multiples façons de dire, d’écrire… bref, toutes les formes d’expression en usage.

Un tel répertoire permettrait en outre la traduction automatique de quantité de messages en quantité de langues.  Sans doute une telle entreprise pourrait aussi contribuer à l’apparition de nouvelles formes d’écriture, voire de langage ou de communication !

l’affaire de la collectivité

Ah, il manque encore un petit quelque chose à ce système.  Avec la catégorisation libre (free-tagging ou folksonomy en anglais), la catégorisation des choses est devenue clairement l’affaire de la collectivité.  Il dépendra d’un volontariat tout similaire pour catégoriser, les uns à l’aide des autres, nos éléments de communication.  « Pommier » fera partie de la catégorie « arbre à fruit » ; ils feront tous deux partie de la catégorie « arbre », etc.  De « libres  généralisations », comme nous avons vu avec l’assimilation « avoir » – « acquérir », seraient à ce moment-là opportunes.

De même qu’un élément de communication peut en catégoriser un autre, une catégorie d’éléments de communication peut répondre, être une réponse adéquate à une autre catégorie d’éléments de communication, par exemple, celle des « offres » (disponibilités, talents, etc.) à celle des demandes (besoins, souhaits, conditions).  Ce genre d’informations, fournies par des sémanticiens volontaires, des free-ontologizers, donneraient une base à l’automatisation de moult communications pertinentes.

Parmi les catégories auxquelles il pourrait être utile d’associer de telles notions de dialogue, il y aurait, par exemple : les demandes, les offres, les savoir-faire, les talents, les intérêts, les disponibilités, les coordonnées spatiales, les itinéraires, les rayons d’action, les lieux de rencontre préférés et toutes sortes d’autres sortes d’informations.

transparence, décentralisation, universalité

La réalisation d’un tel web sémantique émergent peut débuter sans même avoir à régler d’abord l’épineuse question de la vie privée si tout est fait dans la transparence.  Beaucoup, déjà, peut être dit au grand jour (sans parler de ce qui le doit) et des options de privauté consensuellement approuvées — encore par émergence, donc — pourraient toujours apparaître par la suite.  Cela dit, si les options de privautés sont bien pensées et implémentées dès le départ, pourquoi ne pas en profiter ?  Le projet Diaspora, en chantier actuellement et promis pour septembre 2010 me paraît prometteur en ce sens.  D’une manière ou d’une autre, l’apparition d’un système de communication universel amènera nécessairement en ce monde une dose appréciable de transparence.

L’information pourrait donc être partout, décentralisée, disséminée sur les différents tableaux de bord ; le répertoire sémantique, lui, émergerait de la moisson de toutes ces informations et de notre libre catégorisation de cette moisson.

Les outils de recherche eux-mêmes pourraient être complètement décentralisés.  Chaque tableau de bord pourrait échanger de l’information avec les tableaux de bords de vos voisins dans un rayon de tant de kilomètres.   Ces outils de recherche pourraient consulter un répertoire sémantique émergent tel que celui décrit ici (parmi d’autres lexiques et ontologies) pour déterminer ce qui est une réponse adéquate à quoi.  Et sur votre tableau de bord apparaitraient aussi bien sûr les résultats, c’est-à-dire les entrées d’autres usagers repérées comme répondant à vos entrées.

Ce répertoire communicationnel émergent — sémantique, d’éléments… ?, je ne sais plus comment l’appeler, mais nous devrons certainement lui trouver un nom — car ce sera peut-être ce que nous aurons un jour de plus universel… après l’univers lui-même !

construire plus fluidement le monde

L’existence d’un outil que nous construirions nous-mêmes, tant que nous sommes, pour ainsi dire brique par brique, qui nous comprendrait et que nous comprendrions, qui placerait vraiment nos bien-êtres et le développement de nos rêves en priorité, un tel outil pourrait bien faire une grande différence dans ce monde.  Du fait que cet outil existerait, existerait aussi une plus grande possibilité de créer et de vivre de façon radicalement émergente et fluide.

Les structures sociales pourraient nous ressembler davantage, être plus claires, plus logiques, plus diversifiées, nous encombrer moins — apparaître par libre association, du simple fait qu’on les souhaite de façon convergente… et disparaître quand on ne les souhaite plus.

Est-ce dire que je prône un individualisme à tout crin ?  Non, car bien que je mette l’individu au-dessus de la culture, je pense que la solidarité doit être encouragée le plus possible.  (D’ailleurs il faudra penser à une procédure pour formuler des souhaits pour ceux qui ne le peuvent pas !)  On a d’autant envie de se donner à la collectivité qu’on a réellement un rôle à y jouer, qu’on peut réellement y avoir de l’influence et y naviguer.  Et comme la vraie solidarité est toujours volontaire, il faut commencer par pouvoir construire le monde suivant nos volontés à tous et pas quelque structure pré-établie.  J’élaborerai dans un autre billet avec d’autres idées, celles-ci concernant ce que pourrait être un système économique de bon aloi.

Tous les problèmes ne se résoudraient pas comme par magie avec un web sémantique populaire.  Mais la magie de la communication serait enfin au service de chaque personne et elle pourrait — je le souhaite — apporter tellement de clarté et de fluidité qu’elle deviendrait l’instrument de prédilection pour participer à la construction du monde.